Huit ans après les attentats contre le World Trade Center, Ben Laden court toujours et les talibans continuent de sévir en Afghanistan. Pour de nombreux New-Yorkais qui, comme le chroniqueur Richard Cohen, ont vu les Tours jumelles s'effondrer, cette situation est pour le moins frustrante.
Ce vendredi 11 septembre 2009, cela fera huit ans que j'ai quitté mon bureau en toute hâte pour me précipiter vers Lower Manhattan. Je venais de voir à la télévision que deux avions avaient percuté le World Trade Center. J'ai sauté dans le métro, qui, chose rare, fonctionnait et, quand je n'ai pu aller plus loin, j'ai fait le reste du trajet en courant. Soudain, j'ai entendu un craquement, un bruit assourdissant qui combinait le grondement du tonnerre et le claquement de la foudre. La personne à côté de moi a dit : "Ils sont en train de faire décoller des avions", mais le ciel était vide et je savais qu'une des deux tours venait de s'effondrer. Je me suis dit en moi-même : "On vous aura, salauds". Mais je me trompais. On ne les a pas eus.
Huit ans plus tard, après deux mandats moralistes de Bush et un début de mandat pragmatique d'Obama, celui qui a ordonné l'assassinat d'Américains dans le World Trade Center, au Pentagone et dans l'avion qui s'est écrasé en Pennsylvanie est toujours dans son repaire. C'est un sujet de plaisanterie dans les émissions télévisées de fin de soirée. Il est devenu un personnage familier, presqu'une rengaine : "Vous connaissez la dernière sur Oussama Ben Laden ?" L'intéressé doit bien rire. Comme il l'a fait sur la vidéo où il expliquait à ses acolytes comment les Tours jumelles s'étaient écroulées et comment les mécréants avaient péri. Lui et ceux qui étaient à ses côtés ont ricané. Mais, depuis que je me suis rendu près des deux tours, ce fameux 11 septembre, j'ai souhaité, et je souhaite encore, une vengeance. J'attends qu'on m'apporte la tête d'Oussama Ben Laden.
Que ma première réaction ait été un désir de vengeance m'a surpris, même sur le moment. Ce n'est pas mon genre. La vengeance ne me semble pas un sujet approprié pour une chronique, ni pour un chroniqueur. Quand on parle de l'Afghanistan, de la question de savoir s'il vaut mieux rester ou partir, conserver les atouts dont nous disposons ou nous replier, nous invoquons toutes sortes de raisons, mais jamais quelque chose d'aussi élémentaire, d'aussi brut que la revanche. Le mot lui-même respire une soif de sang primitive. C'est répugnant. Et pourtant, elle traduit aussi un intérêt légitime pour les morts. On ne peut pas se contenter d'ignorer les gens qui ont péri le 11 septembre 2001, de les effacer comme s'ils n'avaient pas été victimes d'un effroyable crime. Il n'y a pas que Ben Laden qui soit en liberté. Il y a aussi les talibans qui l'ont abrité après le 11 septembre. Les tueurs d'Américains doivent payer pour ce qu'ils ont fait. C'est le fondement d'une bonne politique étrangère.
Que ma première réaction ait été un désir de vengeance m'a surpris, même sur le moment. Ce n'est pas mon genre. La vengeance ne me semble pas un sujet approprié pour une chronique, ni pour un chroniqueur. Quand on parle de l'Afghanistan, de la question de savoir s'il vaut mieux rester ou partir, conserver les atouts dont nous disposons ou nous replier, nous invoquons toutes sortes de raisons, mais jamais quelque chose d'aussi élémentaire, d'aussi brut que la revanche. Le mot lui-même respire une soif de sang primitive. C'est répugnant. Et pourtant, elle traduit aussi un intérêt légitime pour les morts. On ne peut pas se contenter d'ignorer les gens qui ont péri le 11 septembre 2001, de les effacer comme s'ils n'avaient pas été victimes d'un effroyable crime. Il n'y a pas que Ben Laden qui soit en liberté. Il y a aussi les talibans qui l'ont abrité après le 11 septembre. Les tueurs d'Américains doivent payer pour ce qu'ils ont fait. C'est le fondement d'une bonne politique étrangère.
On croyait bien faire. Toutes nos excuses.